{"id":13297,"date":"2015-04-17T12:23:45","date_gmt":"2015-04-17T10:23:45","guid":{"rendered":"http:\/\/pn86.noblogs.org\/?p=13297"},"modified":"2015-04-17T12:31:09","modified_gmt":"2015-04-17T10:31:09","slug":"de-la-greve-prendre-le-large","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pn86.noblogs.org\/?p=13297","title":{"rendered":"De la gr\u00e8ve prendre le large"},"content":{"rendered":"<p><strong>De la gr\u00e8ve\u00a0prendre le large<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: medium\">Toujours plus d&rsquo;\u00e9crans, de marchandises chimiques et de r\u00f4les \u00e0 la carte, que nous produisons nous-m\u00eames dans des ateliers infernaux. Mais aux tr\u00e9fonds de la schizophr\u00e9nie institu\u00e9e nos regards veillent, lucides et mena\u00e7ants, comme ceux de b\u00eates tapies ; m\u00eame r\u00e9duits \u00e0 la vermine sid\u00e9r\u00e9e et inqui\u00e8te, nous remuons encore pour, \u00e0 t\u00e2tons, trouver prises sur nous-m\u00eames et nos mondes. D&rsquo;o\u00f9 le fait que les tr\u00f4nes tressautent et tressaillent, comme des si\u00e8ges p\u00e9rilleux, in\u00e9luctablement \u00e9jectables. Se laisser d\u00e9river \u00e0 la gr\u00e8ve, c&rsquo;est permettre \u00e0 l&rsquo;air frais de la libert\u00e9 de s&rsquo;engouffrer dans l&rsquo;atmosph\u00e8re vici\u00e9e de nos cellules carc\u00e9rales.<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/pn86.noblogs.org\/files\/2015\/04\/mouette-rieuse.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-13301\" src=\"https:\/\/pn86.noblogs.org\/files\/2015\/04\/mouette-rieuse-150x150.jpg\" alt=\"mouette rieuse\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les gestionnaires de nos terriers demandent, revendiquent, exigent, font les gros yeux des masques d&rsquo;une com\u00e9die antique, tapent du poing en rythme sur la table des n\u00e9gociations pour jouer leur partition dans l&rsquo;orchestre des partenaires sociaux ; ils collent des rustines sur le mythe \u00e9corn\u00e9 de leur l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 nous \u00ab\u00a0repr\u00e9senter\u00a0\u00bb, et par l\u00e0 m\u00eame celle des saigneurs \u00e0 tol\u00e9rer nos vies, comme des dieux de pacotille dispensent leurs gr\u00e2ces. Ces h\u00e9rauts du renoncement, successeurs des salopards qui ont assassin\u00e9 nos r\u00eaves lors des grandes insurrections du pass\u00e9, nous pr\u00e9sentent la gr\u00e8ve comme un n\u00e9cessaire sacrifice, perte d&rsquo;une ou plusieurs journ\u00e9es de salaire pour obtenir ou plut\u00f4t ne pas perdre davantage. Ils nous disent et redisent qu&rsquo;il faut savoir finir une gr\u00e8ve, qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une \u00ab\u00a0\u00e9tape\u00a0\u00bb, patience camarade, \u00e7a va p\u00e9ter, convaincre les masses d&rsquo;abord, strat\u00e9gie&#8230; Mais gros tas de fiente, \u00e7a fait des lustres que \u00e7a p\u00e8te, que \u00e7a craque, que \u00e7a disjoncte, au point que rien ne nous soit plus commun que cette rage rentr\u00e9e et aveugle. Nous n&rsquo;en voulons plus, de vos solutions m\u00e9dicamenteuses : cette rage doit sortir au grand air, prendre le large !<\/p>\n<p>Nous la voyons nous, la gr\u00e8ve, comme r\u00e9volte joyeuse et bord\u00e9lique, comme sabotage de l&rsquo;ing\u00e9nierie sociale et technique qui nous \u00e9touffe et nous avilit, comme retrouvailles libidineuses avec les autres dont nous-m\u00eames, comme vacance assum\u00e9e, comme glandouille \u00e9hont\u00e9e, comme geste destructeur de toutes les valeurs et cr\u00e9ateur de partages. Nous nous prenons \u00e0 r\u00eaver de repousser la fin de la gr\u00e8ve, cette d\u00e9cision \u00e0 rebours de nos d\u00e9sirs, cet <i>arr\u00eat <\/i>pr\u00e9sent\u00e9 comme n\u00e9cessaire par la cour, cette tr\u00eave sempiternellement promulgu\u00e9e d&rsquo;en haut pour mieux nous faire la guerre au quotidien, rendue par les m\u00eames spadassins de l&rsquo;hygi\u00e8ne antibiotique, maniant la masse et les nombres. Nous voyons bien leurs manoeuvres \u00e9vent\u00e9es. Leur agitation risible ne les sauvera pas, ils sont d\u00e9j\u00e0 morts \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Nous nous surprenons \u00e0 sourire, \u00e0 chaque aube de la gr\u00e8ve, en commen\u00e7ant par envoyer chier le r\u00e9veil-matin. Nous nous disons que cette fois nous ne c\u00e9derons pas, nous dissiperons l&rsquo;enfumage et les arguties, nous serons fid\u00e8les aux horizons qui s&rsquo;ouvriront \u00e0 nouveau. Et nous avons raison. Parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de croire, laissons la foi aux religieux, mais de vivre. La gr\u00e8ve rec\u00e8le bien plus que la gr\u00e8ve. Sinon, elle ne r\u00e9unirait pas encore tant des n\u00f4tres, en d\u00e9pit de d\u00e9cennies st\u00e9riles de journ\u00e9es sans lendemain. Sinon, nous ne nous joindrions pas \u00e0 ces parcours p\u00e9destres balis\u00e9s par les flics, les chasubles jaunes et les discours soporifiques.<\/p>\n<p>Nous y allons, dans la gr\u00e8ve, nous y sautons m\u00eame les pieds joints comme les m\u00f4mes que nous sommes, parce que la gr\u00e8ve est plus qu&rsquo;un moyen. Elle est une br\u00e8che dans l&rsquo;espace et le temps, opportunit\u00e9 de subvertir la souverainet\u00e9, la mesquinerie, l&rsquo;ennui, le n\u00e9ant et les r\u00f4les qui habillent notre mis\u00e8re, ne serait-ce qu&rsquo;un \u00e9ternel instant. Les codes vacillent, les possibles se d\u00e9voilent, dans un pr\u00e9sent enfin palpable, lourd d&rsquo;orages, de printemps et d&rsquo;amour. Nous voulons rendre cette parenth\u00e8se irr\u00e9m\u00e9diable.<\/p>\n<p>Gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, gr\u00e8ve <strong>d\u00e9finitive<\/strong> !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la gr\u00e8ve\u00a0prendre le large Toujours plus d&rsquo;\u00e9crans, de marchandises chimiques et de r\u00f4les \u00e0 la carte, que nous produisons nous-m\u00eames dans des ateliers infernaux. 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